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Le Traître Mot

Le Traître Mot

Traductions originales d'humoristes anglo-saxons (fin XIXe début XXe) et Galerie des "Coloriages" de Gérard Sirhugues

Le Saint Voile

Gérard Sirhugues —

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Le Saint Voile

Le Saint Voile
Bavardage

À la fin du XIIIe siècle, après un périple aussi long que celui qui amena Marie de Magdala aux Saintes Marie de la Mer, arriva à Rome, où fut aménagée pour lui une sorte de niche dans un des piliers de la basilique Saint-Pierre, le voile dans lequel certains voient un léger morceau d’étoffe dont on aurait recouvert le visage de Jésus avant d’envelopper son cadavre dans son linceul pour le mettre au tombeau, tandis que pour d'autres, il s’agit du linge avec lequel une femme dont la tradition – bien qu’elle ne soit pas nommément citée dans les Évangiles – se souvient sous le nom de Véronique – ce qui signifie « Véritable Icône » –, aurait essuyé son visage après que Simon de Cyrène l’ait aidé à porter sa Croix et juste avant qu’il ne tombe pour la seconde fois, et dans la trame duquel – quelle que soit l’hypothèse retenue – le sang et la sueur du supplicié se seraient mêlés pour laisser l’empreinte de ses traits, encore que nombreux sont ceux pour qui il ne s’agit que d’un portrait imaginé peint par un artiste inconnu et qu’au moins autant pensent que l’image est acheiropoïète – c’est-à-dire qu’elle ne doit rien à quoi que ce soit d’humain – et qui, selon certains, se trouve toujours à Rome, même si on n’y distingue presque plus rien – à peine peut-on encore espérer que, comme le samedi 6 janvier 1849, cette Relique Majeure reprenne pour ainsi dire miraculeusement vie pour retrouver sa netteté et offrir aux fidèles l’ineffable spectacle d’une Sainte Face ressurgie des siècles des siècles – alors que d’autres n’ont pas besoin d’attendre un tel miracle puisque pour eux, il aurait été volé au Vatican au tout début du XVIe siècle par un pèlerin anonyme qui l’aurait remis à un certain Docteur Leonelli dans la famille duquel il serait resté pendant tout un siècle avant d’aboutir à une vingtaine de lieues de Rome, dans le monastère de moines capucins de Manopello, dans les Abbruzes, où il se trouve encore sous la forme d’une pièce de dix-sept centimètres et demi sur vingt-quatre de cette toile appelée « byssus » ou « soie de mer », obtenue à partir des fibres secrétées par certains mollusques pour se fixer, et dont une des dernières tisseuses, la signora del bisso, est décédée en 2013 à l’âge de 100 ans, pièce de toile si arachnéenne que c’est des deux côtés que l’on peut voir, les yeux grands ouverts et la bouche comme prête à parler, ce visage devant lequel Sa Sainteté le Pape Benoît XVI est venue se recueillir le vendredi 1er septembre 2006.

 

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