Une dame à la corneille par Elisabeth Voguet-Sirhugues
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Posée sans décor dans un temps informel, elle semble songeuse, cette dame calme, regard perdu dans des pensées lointaines. Elle pourrait être portrait, icône, reflet, l’être là sans l’être, l’indifférence pour le regardeur pressé. Coiffée, parée, immortalisée de trois quart, elle donne réplique à une photographie ancienne, souvenir d’un moment clé, jeunesse et beauté, fiançailles, mariage, trace d’un événement choisi ou non, résultat de ce qui s’est produit dans une vie donnée pour le calme ou la monotonie, l’attente ou la passion, l’exaltation ou le chaos. |
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Parle-t-elle, chuchote-t-elle ou se laisse t-elle impressionner ou distraire par la corneille qui lui fait face ? Celle-ci est fière, souveraine, dominante, superbe, elle parade, enchante, elle charme la Dame un peu timide, si mélancolique qui se tient réservée et douce sous l’œil de cet oiseau altier. Rencontre, dialogue, elles se sont mutuellement apprivoisées. Deux solitudes réunies pour un chant, une complainte, une annonce, une mélopée qui s’enroule sans fin autour de leurs figures. Visage attentif et doux, tête menue et espiègle, yeux dans les yeux, si ce n’est pas œil pour œil.
Perroquet, rossignol, corneille, les paroles, les chants ou les cris qui animent ce dialogue nous sont étrangers. Et pourtant si l’oiseau beau parleur, charmeur, bavard et flatteur se transforme en homme comme dans l’Amour Courtois, quel est ce messager, que dit il, que chuchote-t-il aux oreilles attentives de la Dame ? Est-ce lui l’amoureux ou intercède t-il pour un autre ? Dans l’Amour Courtois aux alentours du XIIème siècle il y avait une Dame, la comtesse Clara qui s’ennuyait dans son château pendant que son vieux mari était à la chasse. Un drôle de messager sous la forme d’un oiseau vint troubler sa solitude en lui annonçant que le fils du Roi désirait la voir en secret… Secret ! Décidemment nous n’en saurons rien. Ce que ces deux là s’échangent nous n’y aurons pas accès et c’est tant mieux. Pas de machine démentielle encore pour aller percer le mystère des cœurs et des âmes. Mais des choses intimes, immuables, venues de la nuit des temps et qui pour longtemps encore continueront à nourrir la vie des Dames et des Damoiseaux. |
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